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LES ORIGINES ET LA NAISSANCE DE L'AÏKI-KARATE-DO :



Un peu d'histoire :
Le premier nom associé aux origines du Karaté-do est celui du moine indien Bodhidharma. Ce personnage se serait installé en Chine au fameux temple de Shaolin et y aurait développé le bouddhisme ch'an. L'enseignement très dur lié au ch'an l'incita à améliorer la résistance physique de ses disciples. Cette résistance, il la leur donna en intégrant aux longues séances de méditation une méthode d'entraînement inspirée du vieux kempo chinois.

Les siècles passent et c'est sur l'île d'Okinawa, où les habitants privés d'armes sous l'occupation japonaise multiplièrent les contacts avec la Chine, que va évoluer l'art du combat à mains nues. Ces contacts permirent la création de l'Okinawa-té, science rigoureuse et secrète du combat sans armes, issue du kempo.

Ce n'est qu'au début de ce siècle que furent organisées les premières démonstrations publiques d'Okinawa-té sous l'impulsion de celui auquel on attribue la paternité du Karaté-do, Gichin Funakoshi.

Initialement, le Karaté n'était considéré que comme un art de self-défense, c'est aussi le Maître Funakoshi qui éleva la technique, le jutsu, en Voie spirituelle, le Do, apparentant ainsi le Karaté-Do aux disciplines traditionnelles du Budo, la Voie martiale.

Les universités japonaises s'intéressèrent à cette nouvelle discipline. Le Maître effectuait de nombreuses démonstrations et le nombre d'élèves se multiplia rapidement. Parmi ces élèves, Shigeru Egami découvrit le Karaté et l'enseignement du Maître à 20 ans. Il devait devenir plus tard le successeur de Gichin Funakoshi au sein de l'association Shotokaï.
En 1936, la Shotokaï réunissait tous les élèves du Maître au Dojo le Shotokan (Kaï = association, Kan = bâtiment).

En parallèle au développement et aux recherches poursuivis par la shotokaï, certaines universités exprimaient le désir d'organiser des tournois. Cette évolution vers le "Karaté-Sport" a toujours été désapprouvée par Gichin Funakoshi.
Mais à peine ce dernier s'était-il éteint, que les premières compétitions voyaient le jour...

Seul Shigeru Egami à la tête de la shotokaï refusait de participer à ces tournois et se concentrait davantage sur l'élaboration d'un Karaté-Do plus fluide, plus mental et plus réaliste (en compétition, les frappes sont bloquées...).

Pendant ce temps, le Karaté-Do s'était bien exporté presque partout dans le monde. Les européens virent les premiers experts japonais arriver dès le début des années soixante avec des personnalités telles que les Maîtres Mitsusuké Harada et Tetsuji Murakami,...

Ce dernier découvrira le travail du Maître Egami lors d'un voyage au Japon. Déplorant de voir combien le karaté axé sur la compétition a dégénéré en boxe, de retour à Paris, Murakami Sensei remanie complètement ses cours sur base de l'enseignement d'Egami.
Le Maître Murakami, désigné par Egami comme son représentant officiel, effectue lui-même un véritable travail de pionnier en France où il forme des pratiquants de plusieurs pays d'Europe.

Lors de son décès, certains de ses élèves fondent l'International Karaté-Do Shotokaï (I.K.D.S.) , association à vocation internationale ayant pour but la poursuite du développement du Karaté-Do insufflée par Murakami.

L'évolution faisant suite à ce travail qui marque probablement le plus est certainement celle entamée par un des anciens élèves de Murakami et Directeur Technique de l'I.K.D.S., Yves Thélen. D'abord pratiquant d'un Karaté plus en force, plus statique, Yves Thélen découvre le travail de Murakami Senseï pour changer totalement sa pratique comme l'avait fait celui-ci quelques années auparavant en rencontrant Maître Egami.

Plus tard, Yves Thélen pratique l'Aïkido et ressent la nécessité d'allier, de synthétiser les deux grands arts du combat à mains nues que sont le Karaté-Do et l'Aïkido pour réaliser l'Aïki-Karaté-Do.

Aïkido et Karaté : incompatibilité ou complémentarité ?
Synthétiser les deux grands arts martiaux japonais axés sur le combat à mains nues et à distance est tentant et de nombreux pratiquants expérimentés dans une de ces disciplines se sont essayés à l'autre. D'autant que le jiu jutsu ou le yawara se présente comme l'ancêtre unique des diverses techniques de frappes, de luxations, de projections, et qu'il y a une philosophie, et donc des principes, communs à tous les arts du Budo, la Voie du guerrier, le credo du Samouraï.

Au premier abord, pourtant, le pratiquant se heurte à d'évidentes divergences. Alors que l'aïkidoka se prête à la technique du partenaire pour découvrir l'harmonie indispensable, le karatéka évolue dans le domaine de l'opposition :
quand il frappe, il bloque ses techniques avec le souci, bien sûr, de ne pas blesser, mais aussi avec la volonté de se stabiliser et de refuser d'emblée l'éventuel déséquilibre qui pourrait être exploité par le partenaire.
Quand il se protège d'une attaque, c'est presque toujours avec l'idée de la briser et non de l'amplifier pour en utiliser l'énergie.

Vers une juxtaposition
La première démarche du pratiquant ouvert aux deux disciplines est, très logiquement, de chercher à prendre "le meilleur" de chacune. Le Karaté consistant essentiellement en une étude systématique des atémi, les coups frappés, il apparaît plus efficace d'attaquer "comme un karatéka" et, dès lors, de ne pas négliger les puissantes techniques des membres inférieurs.

L'étude de la parade étant également approfondie par la "voie de la main vide", notre budoka se défend tout naturellement avec les blocages énergiques propres à cette discipline. La contre-attaque qui doit suivre dans l'instant est, presque toujours, en Karaté, un nouvel atémi.
Mais celui-ci ne sera guère qu'esquissé, par respect de l'intégrité physique du partenaire.

Et le pratiquant est alors séduit par les projections de l'Aïkido qui peuvent, si l'attaquant est capable de chuter, être menées à leur terme de façon très spectaculaire et s'achever par de redoutables immobilisations. Il s'agirait ainsi de conférer à l'agression la puissance du Karaté et de lui répondre avec l'élégance qui caractérise l'Aïkido, doublée de la volonté de retourner contre l'assaillant sa propre violence.

L'impasse
Très vite, cependant, la démarche se heurte à des incompatibilités et aboutit à des incohérences. En stoppant net son assaut au moment précis où il est sensé traverser le point visé, le karatéka tarit la source d'énergie que devrait exploiter l'Aïkido.
L'aïkidoka appréhende d'autant plus les frappes de son partenaire karatéka qu'il doit "s'ouvrir" à son attaque, aller la "cueillir" souplement, alors qu'elle est "sèche", courte et bloquée. Si, de surcroît, le premier geste de défense consiste à frapper soi-même l'avant-bras ou le tibia qui porte l'attaque, il est absurde d'attendre ensuite du partenaire qui poursuive souplement son assaut.

Le divorce
Le divorce entre les deux voies sera rapidement consommé lorsque les protagonistes se rejetteront la responsabilité de leur échec. L'aïkidoka a vite le sentiment que le karatéka refuse l'apprentissage, qu'il n'a aucune idée de ce qu'est la décontraction et qu'il est devenu incapable de se mouvoir naturellement. Comme chaque frappe se veut décisive, tout est dit lorsque le karatéka se retrouve figé dans sa posture et refuse de se laisser embarquer dans le mouvement giratoire. S'il est compétiteur et danse comme un boxeur, l'aïkidoka se retrouve encore plus désemparé : tous ces déplacements, ces feintes, ces sautillements alors qu'il conviendrait de se concentrer calmement ne correspondent absolument plus avec le principe "un coup, une vie".

De son côté, le karatéka ne manque pas d'arguments pour se donner bonne conscience : une attaque, ce n'est pas une simple poussée ou un bras qui se lève mollement ! Il s'agit d'art martial, que diable !
Quant à prolonger son assaut et accepter le déséquilibre que veut induire le partenaire, c'est tout à l'opposé des réflexes acquis durant des heures de kihon (étude dans le vide) et d'interminables répétitions de kata.
Au mieux, le karatéka se dira que l'Aïkido, c'est seulement intéressant pour apprendre à esquiver, pour se libérer d'une saisie ou pour immobiliser un agresseur pas trop méchant !

Une véritable synthèse :

Synthétiser, ce n'est pas simplement additionner, c'est accepter de sacrifier une part importante des apports initiaux pour obtenir quelque chose de différent.

C'est donc, avant tout, être capable de tirer tous les enseignements d'une expérience, de se remettre en question. Or, il faut bien l'avouer, les disciplines martiales ne prédisposent pas à l'autocritique : les pratiquants ne se permettent pas de discuter l'enseignement qu'ils reçoivent, encore moins de s'interroger sur le bien-fondé des dogmes érigés par les Maîtres-fondateurs. Et c'est très bien.

Mais les Anciens, les directeurs techniques dépositaires de l'expérience accumulée, ne sont pas seulement responsables de la sauvegarde de traditions séculaires. Un savoir figé se sclérose rapidement.

Un esprit de recherche et une volonté de progrès doivent aussi animer les arts martiaux, même s'il est vrai que trop d'experts farfelus se sont empressés de créer leur propre style pour s'ériger en grand Maître.

Nous avons relevé deux paradoxes, en Karaté, qu'il ne serait pas honnête d'ignorer. Bloquer son attaque juste avant le point d'impact n'est certes pas la meilleure façon d'apprendre à traverser littéralement l'adversaire. Se stabiliser ensuite en stoppant net un assaut qui se veut fulgurant ne correspond pas à l'idée du combat total. Soit.
Mais comment concilier la poursuite de l'efficacité maximale avec le souci de maîtrise du geste : le Karaté apparaît déjà tellement agressif alors que le Maître Funakoshi le voulait également art de défense et de paix?
C'est, sans doute, le successeur de ce dernier à la tête de la Shotokaï, Shigeru Egami, qui a apporté la meilleure réponse : au lieu de nous figer, nous pivoterons pour enchaîner sans temps d'arrêt, avec de moins en moins d'inhibition. C'est le ren tsuki kumité ou le midaré développé en France par Murakami Senseï.
Comme les deux partenaires doivent se ruer l'un vers l'autre pour se frôler et que les vitesses de déplacement s'additionnent, ajoutons qu'il est pédagogiquement utile - et cela aussi est trop négligé en Karaté - de se rappeler que tout nouvel apprentissage s'effectue d'abord à vitesse réduite, corps décontractés et visages sereins.

Parallèlement à sa capacité de mobiliser toute son énergie dans l'assaut, le karatéka peut alors développer une disponibilité, une fluidité qui lui font généralement défaut. Que pourrait devenir, par exemple, le kihon traditionnel ? D'une succession d'attitudes mécanisées, proches du "garde à vous" figé des militaires, nous pouvons évoluer vers un kihon très fluide, très dynamique : les élèves courent, "explosent" à chaque commandement en réalisant une grande attaque, passent par l'attitude zen kutsu sans s'y statufier, demeurent capables, suivant le gorei (les injonctions du Maître) de réaliser une chute avant, de pivoter ou de s'arrêter calmement pour descendre en Seiza.

Les sentiments de l'aïkidoka sont souvent ambigus : la personnalité du Maître Ueshiba, le merveilleux idéal de l'Aïkido empreint d'esthétisme et d'une volonté d'harmonie cosmique contribuent à développer chez le pratiquant un complexe de supériorité.
Celui-ci peut être très mal perçu par le partenaire qui accepte de porter ses attaques sans trop de conviction puis doit subir des clés bien douloureuses exécutées parfois avec un sourire condescendant qui confine au sadisme !

Par contre, l'aïkidoka se trouve relativement impuissant face à des attaques sincères portées librement par un partenaire capable de frapper simultanément du pied et du poing. Et si l'Aïkido est resté plus traditionaliste dans les formes, il faut bien avouer que trop de pratiquants se contentent de travailler gentiment sans guère de réalisme, aux antipodes de certains enchaînements de Karaté durant lesquels chacun touche réellement à ses limites d'endurance et de concentration.

Enfin, un certain nombre de techniques retenues par Morihei Ueshiba, déjà aléatoires sur saisie vigoureuse au point de nécessiter l'exécution d'un atémi, se révèlent tout-à-fait illusoires en cas d'attaques franches et totales ou lors de l'assaut simultané de plusieurs partenaires.

Ces prémisses dessinent l'ébauche d'une nouvelle pratique :

  - les attaques, même si elles sont réalisées au ralenti, ne seront jamais arrêtées, mais prolongées sur une distance de deux ou trois mètres de façon à exiger du pratiquant qu'il donne progressivement le meilleur de lui-même

  - les parades ambitionneront d'aller au-devant de l'attaque pour l'accompagner et canaliser l'explosion d'énergie que le partenaire consent à nous offrir. Celui-ci sera toujours considéré comme étant plus puissant, voire plus rapide. Il conviendra donc d'être réceptif, vigilant ; le but étant non de vouloir surprendre l'agresseur pour le vaincre avec sa propre force, mais de transcender tout esprit de compétition, de " trancher son ego ", en recherchant uniquement comment unir les énergies pour réaliser, à deux, une technique parfaite

  - de façon à maintenir la dimension martiale qui risque d'être édulcorée par ce qui précède, la technique de projection ou d'amenée au sol interviendra seulement après une succession d'esquives : l'attaquant multiplie ses assauts à vitesse croissante, se retrouve au-delà du partenaire qui a esquivé, pivote et refrappe avec plus de conviction ; la projection intervient comme tombe le fruit mur, lorsque les conditions sont propices… Le travail y gagne en spontanéité et en réalisme.